Enfants et adolescents

Chez l’enfant, les signes précoces et les difficultés associées dessinent des profils qui se chevauchent sans se confondre

Deux études publiées en septembre 2026 précisent ce que les chercheurs peuvent réellement relier aux traits autistiques et aux symptômes de TDAH chez l’enfant. Elles montrent à la fois des recouvrements importants, des associations plus spécifiques et l’intérêt d’évaluations qui ne s’arrêtent pas au premier problème repéré.

17/09/2026 Article de fond
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Enfant entouré d’objets évoquant le langage, la motricité, l’attention et les apprentissages

Chez l’enfant, les difficultés ne se présentent pas toujours en dossiers séparés. Un retard de langage, une mauvaise coordination, une inattention persistante, des réactions d’opposition ou des résultats scolaires fragiles peuvent apparaître ensemble, tout en correspondant à des mécanismes et à des besoins différents. Deux études publiées les 12 et 15 septembre 2026 apportent un éclairage complémentaire sur cette réalité.

La première, menée à partir de 6 663 enfants de l’étude ABCD, examine les liens entre des jalons précoces du développement, les traits autistiques, les symptômes de TDAH et la connectivité cérébrale au repos. La seconde compare 1 601 enfants adressés en consultation à des échantillons issus de la population générale, afin d’étudier la coexistence des symptômes d’autisme, de TDAH, de trouble oppositionnel avec provocation et de difficultés scolaires.

Le message commun n’est pas qu’il existerait un troisième diagnostic entre l’autisme et le TDAH. AuDHD reste un terme utilisé pour parler d’une personne présentant à la fois un diagnostic d’autisme et un diagnostic de TDAH. Ces travaux montrent plutôt pourquoi une évaluation centrée sur une seule étiquette risque de laisser de côté une partie importante du fonctionnement de l’enfant.

Des jalons précoces associés aux deux dimensions, mais pas de la même manière

L’étude publiée dans Psychological Medicine s’appuie sur les données de l’Adolescent Brain Cognitive Development study. Les enfants avaient entre 8,92 et 11,08 ans, avec un âge moyen de 9,92 ans. Il ne s’agit donc pas d’un suivi de bébés jusqu’à l’adolescence, mais d’une analyse réalisée chez des enfants d’âge scolaire à partir d’informations sur des étapes antérieures de leur développement.

Les chercheurs ont étudié plusieurs jalons rapportés par les parents : se retourner, s’asseoir sans aide, marcher sans aide, développer le langage, progresser sur le plan de la motricité globale et acquérir une bonne coordination. Les traits autistiques ont été évalués avec la Social Responsiveness Scale et les symptômes de TDAH avec une sous-échelle de la Child Behavior Checklist.

Le résultat le plus nettement partagé concerne la coordination. Une coordination décrite comme moins bonne était associée à davantage de traits autistiques et à davantage de symptômes de TDAH. Cette observation est cohérente avec ce que de nombreuses familles constatent dans la vie quotidienne : difficultés dans les gestes précis, maladresse, lenteur pour certaines séquences motrices, fatigue lors des activités physiques ou difficulté à automatiser une action.

Mais les autres associations étaient davantage différenciées. Un développement du langage plus tardif était surtout associé aux traits autistiques. À l’inverse, l’acquisition plus tardive de la marche sans aide était surtout associée aux symptômes de TDAH dans cette analyse. Les auteurs signalent également qu’un développement de la motricité globale plus avancé était associé à moins de symptômes de TDAH, mais cet effet était plus faible que celui observé pour la coordination.

Ces résultats indiquent des recouvrements entre les trajectoires développementales, mais ils ne permettent pas de dire qu’un retard particulier annonce à lui seul un autisme ou un TDAH.

La distinction est importante. Les jalons du développement sont des indicateurs parmi d’autres, pas des tests diagnostiques. Un enfant qui marche tardivement, parle tôt, se montre maladroit ou présente une coordination inhabituelle peut avoir de nombreuses trajectoires possibles. La prématurité, des problèmes moteurs spécifiques, des différences individuelles, l’environnement, l’accès aux stimulations ou encore des difficultés sensorielles peuvent influencer ces étapes.

La connectivité cérébrale n’explique pas une grande partie des associations

L’étude cherchait aussi à savoir si la connectivité fonctionnelle au repos pouvait jouer un rôle intermédiaire entre les jalons précoces et les traits observés plus tard. La connectivité fonctionnelle au repos décrit des variations coordonnées de l’activité entre différentes régions ou réseaux cérébraux lorsque la personne ne réalise pas de tâche particulière.

Les analyses ont bien trouvé des associations entre certains jalons et plusieurs mesures de connectivité. Cependant, les modèles de médiation ont fourni peu d’indices montrant que ces différences de connectivité expliqueraient de manière importante le lien entre développement précoce et traits autistiques ou symptômes de TDAH. Pour les traits autistiques, les effets indirects représentaient moins de 2 % des associations étudiées.

Autrement dit, l’étude ne montre pas qu’un retard de langage modifierait la connectivité cérébrale, laquelle provoquerait ensuite des traits autistiques. Elle ne permet pas non plus de déduire une signature cérébrale utilisable pour repérer individuellement un enfant. Les données de connectivité et les traits comportementaux ont été recueillis au même moment, ce qui empêche d’établir clairement l’ordre des événements.

Les auteurs soulignent plusieurs limites : les jalons ont été rapportés par les parents, avec un risque d’erreur de mémoire ou de variation dans la manière de décrire les comportements ; l’échantillon n’était pas constitué uniquement d’enfants ayant un diagnostic clinique ; et la conception de l’étude ne permet pas d’établir une causalité. Des études longitudinales, avec des observations standardisées et des groupes cliniques, seront nécessaires pour mieux comprendre les trajectoires.

En consultation, les difficultés s’additionnent souvent

La seconde étude, publiée dans le Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, s’intéresse à ce qui se passe lorsqu’un enfant est adressé pour une évaluation. L’échantillon clinique comprenait 1 601 enfants âgés de 6 à 16 ans, déjà diagnostiqués avec un TDAH, un autisme ou les deux. Les chercheurs l’ont comparé à 665 enfants de la population générale et à 376 jeunes réévalués environ huit ans plus tard.

Dans l’échantillon clinique, 90 % des enfants présentaient des symptômes élevés dans au moins deux domaines parmi le TDAH, l’autisme, le trouble oppositionnel avec provocation et les difficultés scolaires. Ce chiffre ne signifie pas que 90 % avaient quatre diagnostics. Il signifie que, chez ces enfants adressés en consultation, les problèmes repérés se chevauchaient très fréquemment.

Dans les échantillons communautaires, la coexistence de plusieurs domaines était moins fréquente, mais elle restait suffisamment présente pour ne pas être considérée comme exceptionnelle. Chez les enfants de la population générale, la proportion présentant des symptômes élevés dans au moins deux domaines était comparable à celle présentant une élévation dans un seul domaine.

L’étude distingue aussi les liens entre les différents types de symptômes. L’inattention était plus fortement associée aux difficultés scolaires qu’aux symptômes autistiques ou oppositionnels. Elle était également liée à de faibles performances en lecture et en mathématiques. L’hyperactivité et l’impulsivité, de leur côté, étaient davantage associées aux symptômes oppositionnels.

Ces résultats ne permettent pas d’affirmer que l’inattention cause directement les difficultés scolaires ou que l’hyperactivité cause l’opposition. Ils montrent que ces dimensions apparaissent ensemble dans les évaluations et qu’elles peuvent contribuer à des difficultés fonctionnelles différentes. Une même agitation en classe peut par exemple être interprétée comme de la provocation, alors qu’elle reflète aussi une impulsivité, une surcharge, une difficulté à rester engagé ou une tâche mal adaptée.

Pourquoi une évaluation unique peut manquer une partie du profil

Les deux études convergent vers une conséquence pratique : lorsqu’un domaine est identifié, il est utile d’examiner les domaines voisins sans supposer qu’ils sont automatiquement présents. Un enfant évalué pour un TDAH peut aussi présenter des traits autistiques, des difficultés motrices, un trouble des apprentissages ou un problème de régulation comportementale. Un enfant autiste peut également avoir une inattention ou une impulsivité suffisamment importantes pour nécessiter une évaluation spécifique du TDAH.

Cette approche est particulièrement importante pour les profils AuDHD. Les traits autistiques et les symptômes de TDAH peuvent se masquer, se renforcer ou produire des présentations variables selon le contexte. Un enfant très intéressé par un sujet peut rester concentré longtemps, puis se montrer incapable de commencer un exercice scolaire peu motivant. Une forte maîtrise d’une routine peut coexister avec une grande difficulté à la modifier. Une apparente opposition peut parfois correspondre à une transition trop rapide, à une incompréhension, à une surcharge sensorielle ou à une demande dépassant les capacités disponibles à ce moment-là.

Évaluer plusieurs dimensions ne revient pas à multiplier les étiquettes. Il s’agit de comprendre quelles difficultés sont présentes, dans quelles situations elles apparaissent, ce qui les aggrave et ce qui aide l’enfant à fonctionner. Les résultats scolaires, la lecture, les mathématiques, la motricité, le langage, les interactions sociales et la régulation émotionnelle peuvent nécessiter des observations distinctes.

Ce que ces études changent réellement

Ces travaux ne fournissent ni calendrier universel du développement, ni biomarqueur du TDAH ou de l’autisme, ni méthode de diagnostic à partir d’une IRM. Ils ne permettent pas non plus de prédire le parcours d’un enfant à partir d’un seul retard ou d’une seule difficulté.

Ils renforcent en revanche une idée essentielle pour la pratique : le développement neurodivergent doit être observé comme un ensemble de dimensions liées, mais non interchangeables. Certains signes précoces, comme une mauvaise coordination, peuvent être communs aux traits autistiques et aux symptômes de TDAH. D’autres, comme le langage ou la marche sans aide dans cette étude, montrent des associations plus spécifiques, sans être spécifiques au point de suffire à un diagnostic.

Pour les familles et les professionnels, l’enjeu est donc moins de chercher quel signe « prouve » un diagnostic que de documenter le fonctionnement réel de l’enfant. Ce qui compte est de savoir où se situent les obstacles : comprendre une consigne, maintenir l’attention, coordonner un geste, gérer une transition, tolérer une sensation, apprendre à lire, résoudre un problème ou récupérer après un effort.

Dans cette perspective, une évaluation de qualité ne s’arrête pas lorsqu’une première explication semble plausible. Elle vérifie aussi ce qui pourrait coexister avec elle. C’est cette lecture multidimensionnelle, plutôt qu’une interprétation automatique des jalons ou des comportements, qui permet de mieux comprendre les enfants présentant un profil autistique, un TDAH ou les deux.