Enfants et adolescents

Chez les enfants à risque familial, les traits autistiques ne suivent pas une seule trajectoire

Une étude prospective suivie de l’âge de 5 mois à 9 ans distingue cinq trajectoires de traits autistiques chez des enfants ayant des antécédents familiaux d’autisme ou de TDAH. Ces résultats montrent que le moment d’apparition et l’évolution des traits comptent autant que leur niveau, sans constituer des sous-types diagnostiques établis.

27/08/2026 Article de fond
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Plusieurs trajectoires de développement de l’enfance évoluant à des rythmes différents

Les signes autistiques observés chez un jeune enfant ne racontent pas toujours la même histoire. Certains apparaissent tôt et restent relativement stables. D’autres deviennent plus visibles au cours de la petite enfance, tandis que certains enfants présentent d’abord quelques particularités qui s’atténuent ensuite. Une étude publiée le 25 août 2026 dans le Journal of Autism and Developmental Disorders apporte de nouvelles données sur cette diversité des trajectoires.

Les chercheurs ont suivi des nourrissons ayant un antécédent familial d’autisme et/ou de TDAH, ainsi qu’un groupe de comparaison, de l’âge de 5 ou 10 mois jusqu’à la mi-enfance. Leur analyse distingue cinq profils d’évolution des traits autistiques. L’intérêt principal ne réside pas dans la création de catégories nouvelles, mais dans le fait de montrer que le moment où les traits émergent, leur rythme de changement et leur association avec le fonctionnement quotidien peuvent différer d’un enfant à l’autre.

Une étude conçue pour observer le développement dans le temps

Il ne s’agit ni d’une enquête transversale, ni d’une étude fondée uniquement sur des enfants déjà diagnostiqués. Les chercheurs ont utilisé les données d’une cohorte prospective recrutée dans le cadre d’études sur les nourrissons ayant des antécédents familiaux d’autisme ou de TDAH. Au total, 406 enfants ont été inclus dans la cohorte initiale et 384 ont contribué à la modélisation principale.

Les évaluations ont eu lieu à plusieurs étapes : autour de 5, 10, 14, 24 et 36 mois, puis à la mi-enfance, vers 8 ans et demi en moyenne. Les chercheurs ont croisé plusieurs types d’informations : des questionnaires remplis par les parents, des observations réalisées par des professionnels et une mesure du fonctionnement social adaptatif dans la vie quotidienne.

Cette combinaison est importante. Un questionnaire parental, une observation en situation de jeu et une mesure de l’autonomie sociale ne capturent pas exactement la même chose. En les analysant ensemble, l’équipe a cherché à repérer des profils qui évoluent de façon cohérente sur plusieurs dimensions plutôt que de s’appuyer sur un seul score.

La méthode utilisée, appelée modélisation de trajectoires multiples, regroupe statistiquement les enfants qui présentent des évolutions similaires. Elle ne permet pas de découvrir des sous-types biologiques prouvés. Elle sert plutôt à décrire des parcours qui se ressemblent dans cet échantillon et à générer des hypothèses pour de futures recherches.

Cinq profils, cinq manières de voir apparaître les traits

Le modèle retenu distingue cinq trajectoires. La première concerne un petit groupe de 18 enfants, soit 4,7 % de l’échantillon. Les traits autistiques étaient peu marqués au début de la première année, augmentaient fortement entre la petite enfance et l’âge de 2 à 3 ans, puis semblaient s’atténuer partiellement à la mi-enfance. Le fonctionnement cognitif moyen restait dans la moyenne, mais le fonctionnement adaptatif social était plus fragile.

La deuxième trajectoire, composée de 23 enfants, soit 6 %, se caractérisait par des traits élevés et persistants dès les premières évaluations. Le fonctionnement social adaptatif diminuait au fil du temps. À la mi-enfance, ce groupe présentait en moyenne un niveau cognitif plus bas, une autonomie adaptative nettement plus faible et davantage de traits autistiques, de traits TDAH, d’anxiété et de difficultés comportementales.

La troisième trajectoire regroupait 87 enfants, soit 22,7 %. Les auteurs la décrivent comme un profil de développement typique avec un démarrage plus lent. Les particularités étaient légèrement plus présentes au début, puis diminuaient au cours des évaluations de la petite enfance. À la mi-enfance, les résultats cognitifs, adaptatifs et comportementaux se situaient globalement dans la moyenne.

La quatrième trajectoire concernait 53 enfants, soit 13,8 %. Les traits autistiques étaient peu visibles au début, puis augmentaient progressivement jusqu’à la mi-enfance. Le fonctionnement adaptatif devenait plus fragile. Ce groupe se distinguait aussi par des niveaux plus élevés de traits TDAH, d’anxiété et de difficultés émotionnelles ou comportementales.

Enfin, la cinquième trajectoire, la plus importante, incluait 203 enfants, soit 52,9 %. Les traits autistiques restaient faibles et le fonctionnement social adaptatif demeurait dans la moyenne pendant toute la période étudiée. Ce groupe présentait également, en moyenne, moins d’antécédents familiaux d’autisme ou de TDAH et un niveau socio-économique familial plus élevé.

Le diagnostic n’arrive pas au même moment selon le parcours

Les différences entre les trajectoires apparaissent aussi dans la fréquence et le moment des diagnostics d’autisme. Dans le groupe où les traits augmentaient rapidement avant de s’atténuer partiellement, 72 % des enfants ont reçu un diagnostic, tous lors de l’évaluation autour de 3 ans. Dans le groupe présentant des traits élevés et persistants, la proportion atteignait 78 %, le plus souvent à 3 ans.

Le profil d’émergence plus tardive est différent. Environ 51 % des enfants de cette trajectoire ont reçu un diagnostic, et les deux tiers de ces diagnostics ont été posés lors du suivi de mi-enfance. Dans les deux trajectoires considérées comme globalement typiques, les proportions étaient plus faibles : 12 % dans le groupe des « démarrages lents » et 7 % dans le groupe au développement stablement typique.

Ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme un outil permettant de prédire le diagnostic d’un enfant. Ils montrent seulement que, dans cette cohorte particulière, des enfants qui semblaient peu concernés au début pouvaient présenter des difficultés plus nettes plusieurs années plus tard. Ils rappellent aussi qu’une observation précoce ne constitue pas une photographie définitive du développement.

La situation inverse est également importante : des particularités repérées dans les premiers mois peuvent ensuite diminuer sans qu’un diagnostic d’autisme soit posé. Un comportement isolé ou un score élevé à un moment donné ne suffit donc pas à déterminer l’évolution future.

Le lien avec les antécédents familiaux de TDAH

L’un des résultats les plus pertinents pour comprendre les profils AuDHD concerne la trajectoire d’émergence plus tardive. Les antécédents familiaux d’autisme étaient associés à plusieurs trajectoires comprenant davantage de traits autistiques. Les antécédents familiaux de TDAH étaient particulièrement associés au groupe dans lequel les traits autistiques devenaient plus visibles au fil du développement.

À la mi-enfance, les enfants de ce groupe présentaient en moyenne davantage de traits TDAH, mais aussi plus d’anxiété et de difficultés émotionnelles ou comportementales. Cela suggère que, chez certains enfants, les caractéristiques autistiques et attentionnelles peuvent se manifester selon des rythmes différents et se combiner au fil du temps.

Il faut toutefois rester précis. L’étude n’a pas établi que les enfants de ce groupe avaient tous un profil AuDHD. Le terme AuDHD est utilisé pour parler de la coexistence de caractéristiques ou de diagnostics d’autisme et de TDAH chez une même personne ; ce n’est pas un troisième diagnostic. Dans cette étude, le TDAH n’a pas fait l’objet d’une évaluation diagnostique complète à la mi-enfance. Les chercheurs ont utilisé des mesures de traits rapportés par les parents.

Le résultat permet donc d’affirmer qu’une histoire familiale de TDAH était statistiquement liée à une trajectoire particulière de traits autistiques et à des niveaux plus élevés de traits attentionnels dans ce groupe. Il ne permet pas d’affirmer qu’un antécédent familial annonce un AuDHD, ni qu’une trajectoire donnée expliquerait à elle seule les difficultés futures.

Pourquoi le fonctionnement quotidien compte autant que les scores

L’étude apporte aussi un rappel utile pour les familles et les professionnels : les scores de développement, les traits autistiques et l’autonomie ne progressent pas toujours ensemble.

Deux enfants peuvent avoir des niveaux de traits autistiques proches tout en présentant des besoins très différents dans la vie quotidienne. L’un peut avoir un niveau cognitif moyen ou élevé mais rencontrer des difficultés importantes pour s’adapter aux changements, communiquer ses besoins, gérer les demandes sociales ou accomplir certaines activités de manière autonome. À l’inverse, une amélioration apparente de certains comportements ne signifie pas nécessairement que toutes les difficultés ont disparu.

Dans la trajectoire présentant une augmentation rapide suivie d’une amélioration partielle, les chercheurs observent ainsi un niveau cognitif moyen mais un fonctionnement adaptatif social plus faible. Dans la trajectoire d’émergence plus tardive, le niveau cognitif moyen s’accompagne d’une autonomie inférieure à la moyenne et de difficultés attentionnelles et anxieuses plus marquées.

Ces résultats soutiennent une approche du développement qui ne se limite pas à demander si les traits sont « présents » ou « absents ». Il devient également important de comprendre quand ils apparaissent, dans quels contextes ils deviennent visibles, quelles compétences sont mobilisées pour compenser et quelles conséquences ils ont sur l’autonomie.

Ce que l’étude ne permet pas encore de conclure

La prudence est nécessaire, car les cinq trajectoires restent descriptives et exploratoires. L’analyse a été réalisée après la collecte initiale des données et doit être reproduite dans d’autres cohortes, avec des échantillons plus importants.

Deux groupes étaient particulièrement petits : 18 et 23 enfants. De tels effectifs peuvent rendre les estimations moins stables, même si les indicateurs statistiques de classification étaient satisfaisants. En outre, seuls 260 enfants ont fourni des données de mi-enfance, soit 68 % des participants ayant contribué à l’analyse principale. Les pertes de suivi étaient plus fréquentes dans certains groupes ethniques, ce qui limite la généralisation des résultats.

Le suivi comporte également un intervalle important entre les évaluations de 3 ans et celle de mi-enfance. Les chercheurs décrivent donc des tendances entre plusieurs points de mesure, mais ne disposent pas d’une observation continue de chaque changement. Les catégories « diagnostic précoce » et « diagnostic plus tardif » reposent par ailleurs sur deux moments d’évaluation et peuvent manquer des diagnostics intervenus entre ces étapes.

Enfin, les mesures utilisées pour les trajectoires ont été standardisées à l’intérieur de l’échantillon. Elles indiquent surtout la position relative d’un enfant par rapport aux autres participants à chaque période. Elles ne mesurent pas directement une progression absolue des traits dans la population générale.

Un changement de regard plutôt qu’un nouvel outil prédictif

La principale contribution de cette étude est de renforcer une idée déjà présente dans la recherche sur l’autisme : le développement est hétérogène et ne suit pas une ligne unique. Les différences entre enfants ne concernent pas seulement l’intensité des traits, mais aussi leur chronologie.

Pour les enfants ayant des antécédents familiaux d’autisme ou de TDAH, cela plaide pour une surveillance souple et répétée, sans réduire l’évaluation à un seul âge ou à une seule liste de signes. Une première évaluation rassurante ne devrait pas empêcher de réexaminer les besoins si les exigences sociales, scolaires ou attentionnelles changent. À l’inverse, la présence précoce de particularités ne devrait pas conduire à conclure trop vite sur l’évolution d’un enfant.

Dans la vie réelle, les difficultés peuvent devenir plus visibles lorsque l’environnement demande davantage d’autonomie, de flexibilité, d’attention partagée ou de régulation émotionnelle. Le passage à la maternelle, puis à l’école élémentaire, peut ainsi faire apparaître des écarts qui n’étaient pas observables dans un contexte familial moins exigeant.

Cette recherche ne fournit pas une carte individuelle du développement. Elle rappelle plutôt pourquoi les évaluations doivent rester longitudinales, fonctionnelles et ouvertes aux profils mixtes. Pour comprendre l’AuDHD, cette perspective est particulièrement utile : l’autisme et le TDAH peuvent partager certains facteurs de vulnérabilité, se manifester à des moments différents et produire des besoins qui évoluent avec l’âge. Les étudier ensemble ne signifie pas les confondre, mais mieux tenir compte de leur possible coexistence et de la diversité des parcours.